Comme des moutons
#65 ou l'éternel mimétisme
Bonjour,
Nous sommes à l’édition #65 d’Aligné, bienvenue aux 13 petits nouveaux qui nous ont rejoints depuis la fois précédente.
Avant de quitter Toulouse, je suis allée visiter une exposition passionnante sur la foule, dont j’ai, par mimétisme, piqué le titre.
Serions-nous tous des moutons, même lorsque l’on entreprend ? Surtout lorsque l’on entreprend ?
🐑 C’est mon thème du jour

👉🏻 Avant de démarrer
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L’âge du copier-coller
Soyons honnêtes : la plupart des stratégies que nous voyons passer aujourd’hui sont des répliques d’approches américaines. Les bootcamps, templates, newsletters ultra-nichées, les personal brands calibrées à coups de storytelling vulnérable… Rien de tout cela n’est né ici.
C’est copié, traduit, remixé, tantôt avec le ridicule d’un mauvais doublage fait par Pierre Niney, tantôt avec subtilité.
En ce sens, le solopreneur ressemble plus à un traducteur qu’à un créateur — en déplaisent aux gourous Linkedinesques qui adorent se dire “créateurs de contenus” quand ils sont souvent plutôt “recycleurs”.
Je me souviens de la toute première formation à la vente que j’ai suivie, me retrouvant coincée devant la formule célèbre de l’offre irrésistible d’Alex Hormozi. Je n’ai rien contre, mais encore faut-il citer ses sources. Les entrepreneurs en question n’avaient pas eu ces scrupules, le plagiat ne semblait pas faire partie de leurs préoccupations.
Pourtant, cela ne veut pas dire que leur travail était sans valeur : traduire, diraient les linguistes, c’est toujours interpréter (ou « trahir », dirait Umberto Eco). Cela reste une créativité sous contrainte.
Le paradoxe de l’unicité
Le discours dominant, pourtant, reste celui de l’unicité. “Trouve ta voix”, “incarne ton message”, “ose être toi-même.” Mais dès qu’on scrolle quelques minutes sur LinkedIn, tout paraît étrangement uniforme.
C’est qu’au fond, le solopreneur s’inscrit dans une logique qui n’a rien d’inédit : celle de la culture de masse. L’édition industrielle du XIXe siècle avait déjà homogénéisé les goûts, les manières de lire et de consommer. Les radios, puis la télévision, avaient fait de même avec la musique et les images. Aujourd’hui, LinkedIn et Instagram rejouent ce scénario : une standardisation des récits, qui circulent si vite et si largement qu’ils en viennent à s’imposer comme seuls codes légitimes de communication.
Ce mimétisme n’est pas accidentel : il est structurel. Car dans un monde où la visibilité est la condition de survie, celui qui veut exister doit adopter la grammaire commune. On ne choisit pas vraiment de “faire comme les autres” : on le fait pour être entendu. L’originalité radicale est possible, bien sûr, mais elle se paie souvent d’invisibilité.
Alors chacun répète, décline ou adapte. On ajoute un détail intime, une anecdote un peu différente, mais le canevas reste le même. C’est le paradoxe de l’unicité à l’ère algorithmique : l’obsession de se distinguer produit une uniformité spectaculaire.
On n’a jamais tant écrit à l’ère de l’IA, et on n’a jamais autant écrit la même chose.
L’art d’adapter
Pourtant, je crois qu’il y a une forme d’intelligence dans ce mimétisme. Et c’est Michel Tournier, auteur de “Vendredi et la vie sauvage” qui m’a soufflé l’idée. Tournier était obsédé par Flaubert. Dans l’une de ses conférences, il a expliqué ceci :
“Il m’arrive parfois, quand je relis ce que j’ai écrit, de m’apercevoir que c’est une phrase à la Flaubert que j’ai écrite et quelquefois, elle est tellement à la Flaubert que c’est plus du Flaubert que Flaubert. C’est-à-dire que c’est du Flaubert de synthèse. Donc vous ne trouverez jamais un pareil Flaubert dans l’œuvre de Flaubert. C’est un hyper-Flaubert, mais je ne le fais pas exprès.”
Ce que Tournier nous dit (en répétant 12 fois le nom de Gustave), c’est que copier est possible bien sûr, mais qu’en copiant, en s’évertuant à faire de la copie un axe de travail pour s’améliorer, on peut déjà se mettre à créer. Imiter avec doigté, c’est déjà faire acte de création pour transcender la source du mimétisme.
C’est d’autant plus vrai quand nous imitons des Américains. Certes, nous avons pris leurs bootcamps et leurs masterclass jusqu’à la nausée, mais ceux qui réussissent sont ceux qui ont compris que notre rapport au travail, à l’argent, à la réussite, obéit à d’autres sensibilités.
Le problème, c’est que peu comprennent vraiment cela.
Il y a donc une vraie élégance dans la capacité à prendre un modèle agressif de croissance pour le rendre compatible avec une culture qui valorise la nuance, l’équilibre, parfois même une certaine pudeur.
Bravo à celles et ceux qui savent traduire, adapter, tordre les codes venus d’ailleurs pour en faire quelque chose de crédible ici.
Ils ne sont peut-être pas les plus bruyants, mais ils sont souvent les plus justes.
À mardi prochain,
Pauline
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