L'IA nous rend-elle idiots ?
#71 ou la création de dettes cognitives
Bonjour,
Nous sommes à l’édition #71 d’Aligné. Bienvenue aux 7 nouveaux lecteurs qui nous ont rejoints depuis la dernière édition.
Ces derniers temps sur LinkedIn, je vois de plus en plus de nouveaux visages. Des anciens collègues qui, l’année dernière, hurlaient à la mise en scène de soi, se prennent au jeu de la création de contenu pour mettre en avant leur parcours, leurs équipes et leurs convictions.
Il n’est pas difficile de connaître l’élément déclencheur, car il se voit comme le nez au milieu de la figure : l’IA.
Moi qui l’utilise aussi dans certains usages, je me rends compte qu’elle me rend de plus en plus paresseuse, notamment dans l’écriture.
Paresseuse ou idiote ?
💡 C’est mon thème du jour.
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Je prompte donc je suis
J’utilise de plus en plus l’IA dans mon quotidien : pour des conseils business, de santé, ou juste quand j’ai la flemme d’écrire mes mails en anglais. Je n’en suis ni fière ni pas fière, c’est entré dans mon quotidien, comme l’informatique autrefois ou les réseaux sociaux.
Cela dit, depuis 7 ans que j’enseigne à la fac (damned, déjà!), j’ai connu deux ruptures : les étudiants avant/après Covid, et les étudiants avant/après l’IA.
Je suis désormais obligée de donner des consignes relatives à l’usage de l’IA dans mes cours ou lors des examens : je l’autorise, car il n’aurait aucun sens de l’interdire. Mais je dis toujours la même chose : les meilleurs étudiants sont ceux qui ont appris à penser avant de prompter.
L’année dernière, mais aussi cette année, je me suis un peu fâchée face à des étudiants dont le travail s’était résumé à mettre (mal) en page les réponses de ChatGPT. Il n’est même pas besoin de chercher la ponctuation si propre à ChatGPT : un étudiant qui a utilisé l’IA sans comprendre joue les perroquets en espérant que ça passe. Ça ne passe jamais.
Je me suis beaucoup interrogée : est-ce que ça fait de moi une Gen-Y tendance boomeuse ?
Jusqu’à ce que je tombe sur cette étude du MIT.
Le principe de la dette cognitive
Plus j’ai utilisé l’IA sur des sujets qui me demandaient un effort que j’avais la flemme de fournir, plus j’avais l’impression de régresser. Notamment en matière d’écriture.
Et la science l’a prouvée.
Une étude du MIT a examiné l’impact de ChatGPT sur notre cerveau lors de tâches d’écriture. Les résultats sont édifiants : l’usage de l’IA réduit de 55% environ la connectivité cérébrale. Cela crée ce que les chercheurs appellent une dette cognitive.
Cette dette cognitive s’accumule à chaque fois que vous promptez au lieu d’écrire par vous-même. Les participants qui ont utilisé ChatGPT et à qui on a demandé de réécrire sans outil ont montré des signes de diminution cognitive.
J’avais l’impression d’écrire moins bien devant une page blanche, la science a donc prouvé que ce n’était pas qu’une impression.
L’avalanche de contenus insipides
Prendre conscience de tout cela m’a donné envie, plus que jamais, de limiter les moments où j’allais déléguer ma plume. Oui, l’IA est un outil fabuleux, mais il doit rester à sa place d’outil, et ne pas diminuer mon nombre de neurones.
Alors quand je lis sur LinkedIn l’avalanche de contenus plus insipides les uns que les autres — car l’IA a aussi le travers d’homogénéiser l’écriture — je comprends que l’on est rentré dans une nouvelle ère : celle des IA qui nous parlent à travers des bouches humaines.
Une étude a montré que nous avions franchi le seuil symbolique : plus de 50 % des écrits sur Internet sont publiés par une IA. Associés aux +50% de robots qui composent le trafic d’Internet, nous sommes donc dans une nouvelle ère, celle où l’être humain est désormais minoritaire sur la toile.
Ça m’a fait froid dans le dos.
Autant que la Guilde américaine des auteurs qui crée l’AOC des êtres humains, un label pour affirmer que, comme vos œufs sont bios, vos romans sont bien écrits par des humains.
Comme toujours, ce n’est ni noir, ni blanc. L’IA permet des avancées incroyables, répond à des besoins sociétaux réels et peut devenir un outil de réflexion très performant si elle est utilisée comme un Socrate de poche, et non comme un doudou ou un sachant qui a toujours raison.
L’IA ne rend donc pas forcément idiot. Cela peut être l’opportunité d’une vie pour apprendre, se développer, se poser des questions.
À condition de traiter son cerveau comme on traite son corps : par de l’entraînement.
À mardi prochain,
Pauline
PS : Un reportage ARTE édifiant à regarder si ce sujet vous intéresse
PPS : comme toujours en recherche, tout peut être remis en cause, à condition de le faire avec méthode. Cliquez-ici pour lire une nuance de l’étude.
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on s'en doutait un peu mais la confirmation de cette étude vient à point nommé, et le terme de dette cognitive est très parlant
C’est en effet un sacre sujet. Cette paresse je l’ai constaté aussi chez moi depuis que je me sers de l’IA pour certaines choses. Je sens par contre que c’est un súper outil d’apprentissage selon les questions que je pose. Mais à l’heure d’écrire je me sens de plus en plus dépendante. Notamment parce que le français n’est pas ma langue maternelle. Et là où avant je n’avais pas trop peur de partager des écrits avec des tournures peu idiomatiques mais innovantes ☺️, aujourd’hui j’ai tendance à vouloir me faire corriger par l’IA. Le danger c’est que ces tournures peu idiomatiques sont en quelques sorte ma signature. Mais l’IA homogénéise comme tu signales si bien, du coup on finit tous par nous ressembler. Le paradoxe quand aujourd’hui on nous invite à chercher notre unicité.