16 Commentaires
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Avatar de Mathéo de Oliveira

Guy Debord aurait-il lancé un Substack ?

Avatar de Pauline Alessandra

Ça, c'est vraiment la question à 1000€ !

Avatar de Fab Florent

Bien vu ! J'ai l'impression que c'était déjà le cas à l'époque des blogs, y'avait toute une frange de blogueuses (plutôt des femmes, on va pas se mentir) qui faisaient plus ou moins la même chose. Ça me ravit ceci dit, de voir l'écrit revenir au premier plan avec Substack :)

Avatar de Fab Florent

(bon après l'époque des blogs, t'étais sans doute au collège et donc sur skyblog toi haha)

Avatar de Pauline Alessandra

Hahaha je dois confesser une longue période Skyblog ;) Mais oui, le retour de l'écrit face aux couleurs pastel d'insta, jamais je ne m'en plaindrai!

Avatar de Christophe Petchanatz

Bravo, merci. J’ai exprimé ça tout récemment de façon un peu abrupte. Goffman a changé ma vie. Philip K. Dick aussi.

Avatar de Magali Turis

Bonjour Pauline, je te rejoins, la saturation n'est pas loin de voir en permanence la vie des autres sous presque toutes ses coutures.

Je me disais aussi qu'avoir envie de créer une ambiance, que ce soit pour lire ou écrire, n'est pas critiquable en soi, dès le moment où ça nous aide à la concentration parce que les repères sont sécurisants. Ou que c'est un moment de pause, même si l'écriture s'apparente à de la souffrance parfois.

C'est d'ouvrir la porte à tout ça et de l'immortaliser à la vue de tout le monde qui est plus dérangeant, exactement comme si on était intimement invité dans le salon ou le bureau sans l'avoir demandé.

Et c'est pesant.

Avatar de Pauline Alessandra

Tu as tout à fait raison ! D'ailleurs je suis la première à avoir mes routines. Exemple : toujours les mêmes playlists ou les mêmes albums quand j'écris ou je travaille. Ma critique porte sur l'esthétisation outrancière de ces routines, qui finissent par faire penser que c'est *parce qu'*on a une belle bibliothèque rangée qu'on sera un bon auteur. Rien de moins vrai. Et de cette obligation, en fait, de se revendiquer auteur.

Avatar de Sophie Renaude

Merci Pauline pour ce post dont je partage complètement la philosophie 🙏

Avatar de Léonor Pistache

🤍🤍🤍

Avatar de Léo Masini-Riveron

Aaaah merci ! (Currently en overdose « d’authenticité bienveillante et inspirante »)

Avatar de Pauline Alessandra

Avec bienveillance 🙏✨ (non, je déconne)

Avatar de Anthony Jorand

Peut-être qu’un jour on finira par admettre que le pb est lié à l’humain. À son incapacité à mettre son ego de côté pour envisager renvoyer autre chose qu’une version totalement fake de lui-même.

Les réseaux passent, les superlatifs s’enchaînent, les vestiges sont les mêmes, partout…

Avatar de Lydie Tabarin

Je ne pense pas qu'il y ait une "bonne" façon d'écrire. Je connais de nombreux auteurs (notamment sur Instagram, le phénomène n'a pas attendu Substack) qui se mettent en scène en train d'écrire, en photographiant leur espace de travail, se filmant en train de le réorganiser, et je ne pense pas que ça retire quoi que ce soit à leur statut d'auteur. Si certains ont besoin de le montrer et d'être vus pour en tirer une sorte de responsabilité motivante ou de simuler une "routine d'auteur" pour atteindre leurs objectifs (fake it 'til you make it comme on dit), grand bien leur en fasse. Accessoirement, se "cacher" pour écrire ne rend pas nécessairement le travail meilleur (je trouve même que porter aux nues le travail secret et fait dans l'ombre tombe dans le piège de la "nonchalance performative", dernière tendance en date, en gros "too cool to care"). Écrire dans la souffrance n'est pas non plus un impératif et un gage de qualité, qu'on nous libère du cliché du poète maudit.

Et oui, c'est performatif. C'est… le but même des réseaux sociaux. On ne poste pas chaque pensée qui nous traverse l'esprit. On sélectionne. En revanche, je note que "performer l'idée d'être quelqu'un qui écrit" t'est "insupportable". Pourquoi ? Plutôt que de dire à demi-mots que ceux qui se mettent en scène sont de faux auteurs, je pense que tu pourrais surtout explorer ta réaction face au phénomène. Même si je ne crée pas ce genre de contenu, je peux en comprendre l'intérêt (construire et fidéliser son lectorat/sa communauté, donner une impression de proximité et de behind the scenes pour créer de l'attente). À la fin de la journée, c'est une façon comme une autre de façonner sa "marque" auteur (une carrière pour beaucoup) mais ça ne retire rien à ma façon d'écrire et d'exister en tant qu'autrice sur les réseaux.

Avatar de Pauline Alessandra

J'entends. Je précise que les conditions d'écriture sont différentes de la mise en scène. On connaît les tics de Flaubert, Balzac, les Misérables d'Hugo écrits torse nu, bref, les coulisses ont existé depuis que la scène existe. Et c'est très bien, souvent passionnant, je suis la première à acheter des livres sur ces thèmes.

Sur la performativité, c'est bien ce que je dis, en reprenant l'analyse de Goffman. Cela n'a pas attendu les réseaux sociaux, c'est le cœur même de la sociabilité. À partir du moment où il y a le regard d'autrui, il y a performativité. Ce n'est pas le sujet.

En revanche, je n'ai jamais demandé un monde binaire, entre celui qui s'afficherait et le poète maudit tout seul dans son coin, qui, lui seul, serait en train de créer de l'Art avec une majuscule.

Le vrai sujet, ce que je tente d'expliquer dans cet article, c'est l'hypocrisie de faire comme si Substack était différent, un lieu béni pour les auteurs, un lieu où l'on peut *devenir* différent… Tout en reprenant exactement les mêmes codes que tous les autres réseaux.

Enfin, concernant mon propre rapport à tout cela, je crois l'avoir expliqué dans d'autres éditions ! Et je trouve toujours l'argument un peu simpliste de renvoyer dans ses filets une personne dont on ne partage pas les opinions, comme si cela devait toujours être l'objet d'une analyse intime ou psychologisante.

J'ai seulement un rapport au "légitime" très probablement différent. Et ce n'est, au fond, pas bien grave.