Revenir aux fondamentaux
#84 ou ma sortie de l'infopreneuriat
Bonjour bonjour,
Voici l’édition #84 des Strates. Bienvenue aux 7 nouveaux lecteurs qui nous rejoignent depuis la semaine dernière.
L’IA n’en finit plus de faire parler d’elle, en témoignent les dernières interventions des leaders de la tech au forum de Davos. Parmi toutes les simagrées auxquelles nous avons eu la joie d’assister, une remarque m’a beaucoup interpellée : le nécessaire retour aux fondamentaux (ici, compter, penser, écrire).
Et j’ai trouvé ce rappel particulièrement juste d’autant plus qu’il s’applique très bien au management, comme à l’entrepreneuriat.
👩🏻💻 C’est mon thème du jour — et une édition un peu plus personnelle.

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Changer le jeu
Fin 2023, tentée par le monde de l’infopreneuriat et curieuse de découvrir autre chose que les grands groupes qui commençaient à m’ennuyer, j’ai rejoint un collectif de solopreneurs qui cherchaient à développer leur activité.
De ce point de départ, j’ai créé une nouvelle offre, un peu délaissé le consulting que je faisais depuis un an, et j’ai tout appris en marketing.
Le copywriting LinkedIn, les lancements, les ads sur Meta, les funnels marketing, la promesse des “revenus passifs”, la formation en ligne… J’ai vu, appris, testé et compris beaucoup de choses. Recommencer à 0 avait quelque chose de très exaltant.
J’ai connu l’ivresse des petits produits vendus en ligne, les virements reçus tandis que l’on fait autre chose, l’obsession de l’optimisation des tunnels de vente, la quête du meilleur mot pour vendre, le développement de son solo-media, puis de son écosystème médiatique, le tracking des comportements sur un site web, l’offre irrésistible…
C’était passionnant. Et je ne me suis jamais autant emmerdée.
Il m’a fallu plus d’un an pour oser me l’avouer. Ce n’est ni bien ni pas bien. Juste, ça ne me fait pas vibrer plus que cela ; ce n’est pas moi. C’est loin de mes compétences initiales ou de mes goûts du quotidien. Je n’écoute pas de podcasts business (je préfère les littéraires ou le true crime) ; les livres type “manuel pour entrepreneurs” sont généralement très mauvais, je me fiche de l’écosystème américain et rien ne m’intéresse moins que les systèmes de vente des gourous du mindset. Quand je vois les pubs de Yomi Denzel dans le métro, je me marre.
Cela fait donc de moi une infopreneuse épouvantable !
Mais comme je suis bonne élève, j’ai tout voulu faire bien : j’ai payé des formations, des accompagnements, j’ai lancé un podcast, publié à tour de bras sur LinkedIn… J’ai fait du chiffre d’affaires, développé une activité rentable avec un vrai retour sur investissement. Et puis, en février 2025, j’ai fini par m’avouer que ça ne m’épanouissait pas. Le ver était dans la pomme 🍎.
La réussite sans le goût
Alors forcément, mon chiffre d’affaires a commencé à fondre lentement. D’abord, parce que j’ai découvert que l’infopreneuriat doublait certes mon taux journalier, mais triplait surtout mes efforts d’acquisition. Il ne fallait pas signer deux ou trois gros clients par semestre, mais cinq par mois pour que cela fonctionne bien.
C’est peu cinq, me direz-vous. Oui, mais c’est beaucoup quand, au fond de soi, on n’en a pas envie.
Donc j’ai eu envie de tout abandonner. Vraiment tout. Le bébé avec l’eau du bain. J’ai étudié très sérieusement la possibilité de reprendre une librairie, un CDI bien payé ou de faire une année sabbatique à l’étranger. Toutes les options étaient sur la table.
Puis je suis retournée à quelque chose d’important : mes fondamentaux.
Les fondamentaux, pour moi, consistent à faire ce que l’on sait faire et, avant tout, ce que l’on aime faire.
Me concernant, il s’agit de résoudre des problèmes complexes au sein d’entreprises de plus de 100 salariés, en accordant davantage de temps au contenu qu’à la vente.
Et garder du temps pour écrire.
Je n’ai rien contre l’infopreneuriat, mais cela reste une économie de niche où la compétence principale est le marketing. Ce n’est pas une économie d’expertise, mais une économie de la vente. À combien de personnes n’ai-je pas envoyé “Le cygne noir du solopreneuriat” ? Et à combien de clients, coincés dans le délire “je ne veux vendre qu’aux coachs et solopreneurs”, n’ai-je pas conseillé d’aller développer leur activité dans leur quartier, dans les réseaux locaux, dans la “vraie vie” ? Parce que la vraie vie, ce sont les entreprises, les artisans et les commerçants, pas les coachs en ligne.
Et elle m’a manqué, cette vraie vie. Celle des entreprises qui vendent autre chose que du service, qui scrutent les communiqués de presse et le prix des actions en bourse, qui développent des activités ou ferment des usines, qui créent des bassins d’emplois et contribuent à un tissu économique local, avec leurs difficultés, leurs problèmes, leur management critiquable et leurs lenteurs, “fo shur”.
Revenir à soi
Depuis cet été, j’ai recentré mon activité sur le conseil en transformation pour les entreprises. Je travaille pour des compagnies aériennes, des constructeurs automobiles, des banques, des producteurs de choucroute (true story). J’accompagne des transitions technologiques, managériales ou la fermeture d’usines. C’est rarement simple ; l’équilibre entre l’humain et l’économique est toujours une gageure. Et j’ai retrouvé l’envie de travailler.
J’ai retrouvé du sens, de l’intérêt et le goût de développer mon activité. Et forcément, tout est plus simple.
Avec un peu de recul, je crois que ce détour par l’infopreneuriat était nécessaire. Il m’a permis de comprendre les mécanismes, les leviers, les promesses, mais aussi les angles morts d’un modèle qui fonctionne bien… à condition d’aimer le jeu auquel on joue. Ce n’était pas mon cas.
Je suis loin du storytelling du solopreneur en slip devant son PC, à faire sa morning routine de sport avant de travailler trois heures par jour. Je me sape le matin pour rejoindre avant 9h30 des bureaux avec vue sur la Tour Eiffel (il y a pire dans la vie, je vous le garantis) ou les salles de cours de Saclay ; je rentre parfois tard et jongle entre l’Université, mes différents clients et mes crèves hivernales.
Mais je traverse les beaux quartiers de Paris avec un sentiment de liberté, en me disant que j’ai de la chance de pouvoir tirer le meilleur de chaque monde que je fréquente, que ce soit l’enseignement/la recherche ou le conseil indépendant, sans hériter du pire.
Mon quotidien ne ressemble à rien à ce qu’on conseille aux solopreneurs du Web. Et ça tombe bien, car il me ressemble, et c’est tout ce que je lui demande.
Je continue à accompagner quelques indépendants, bien sûr. Mais sans promesse spectaculaire ni tunnel de vente optimisé.
Parce que je suis retournée à mes fondamentaux.
Ce n’est pas seulement ce qui marche, mais aussi ce qui donne envie de continuer.
À mardi prochain,
Pauline
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Merci Pauline, j'ai souris "Fo shu".
Sinon, j'abonde dans ton sens évidemment, revenir aux fondamentaux c'est revenir à soi, c'est aussi simple.
Malheureusement pour beaucoup mais heureusement pour beaucoup d'autres aussi, la simplicité n'est pas vendeuse mais tant pis, elle reste existentielle et vitale.
C'est le rempart contre l'épuisement.
Très beau texte et très intéressant.