Le syndrome du perroquet
#40 ou l'entreprise empruntée
Buongiorno,
Nous sommes à l’édition #40 d’Aligné, bienvenue aux 13 petits nouveaux qui nous ont rejoints depuis la fois précédente.
Je parlais dernièrement de l’importance du mimétisme dans l’apprentissage. Cela me rappelle un épisode de Dr House où le célèbre médecin, pour faire accepter une anesthésie à un enfant, met le masque sur son visage d’abord. Par mimétisme, l’enfant accepte. Dr House, dans sa finesse légendaire, explique que c’est une stratégie qu’on utilise avec les singes : ils reproduisent les gestes observés (“Monkey see, monkey do.”)
Autre exemple : en ce moment, vivant à Turin, je (ré)apprends l’italien. Au-delà de cours de conversation, je regarde des séries et note toutes les expressions afin de pouvoir… les répéter.
Alors comment réussir à sortir de cette phase de mimétisme ? Comment s’assurer que les mots que nous prononçons sont bien les nôtres ?
🗣️ C’est mon thème du jour

🎙️ J’ai raconté ma vie dans un podcast !
Olivier My m’a fait la gentillesse de me convier dans son podcast “Change & Chill” pour que j’y raconte mon parcours, de la prépa littéraire à l’entrepreneuriat. Vous pouvez l’écouter ici ou sur Spotify ou votre plateforme préférée.
Et toujours :
Ma masterclass pour tout comprendre au positionnement
Ma formation en ligne pour bien positionner votre business à votre rythme
Mon accompagnement 1:1 pour les entrepreneurs qui veulent (re)structurer leur activité sans s’éparpiller
Le syndrome du perroquet
Quand un homme préhistorique voit son collègue agoniser après avoir mangé un champignon, on peut parier qu’il n’ira pas s’en faire une poignée le lendemain. Cette faculté d’imitation est instinctive à tout apprentissage. Que l’on parle de poison, d’une langue, d’un instrument de musique ou de nouvelles compétences marketing.
D’ailleurs, si l’on considère, quand on est entrepreneur, que LinkedIn est devenu une plateforme incontournable pour trouver de nouveaux clients quand on préfère l’écriture à l’image (surtout depuis que Twitter est devenu X), alors il faut en apprendre les codes.
Résultat : les coachs LinkedIn pullulent, les promesses de viralité, de conversion par le copywriting n’ont jamais été aussi nombreuses et le contenu n’a jamais autant été… uniformisé.
J’ai arrêté de compter les templates que l’on vend (et retrouve partout) et le prochain qui m’explique que je dois faire un hook dans mes publications a le droit d’écouter un disque rayé d’ongles sur tableau noir.
Le syndrome du perroquet commence alors lorsque l’on reste coincé dans cette phase. Celle où l’on répète seulement ce qu’on a lu la veille et qui a été pensé par autrui.
Je vois deux cas de figure :
Parce que ça marche : la crainte de casser une machine huilée est plus forte que l’envie de réinventer la roue. On reste donc sur un modèle qui n’est pas le nôtre de peur de fragiliser des fondations en coton.
Parce que ça ne marche pas : on se dit qu’on n’est pas allé assez loin, qu’on a mal fait. Si ça marche pour les autres, alors il n’y a pas de raison que ça ne finisse pas par fonctionner pour soi. Ce n’est qu’une question de temps.
Spoiler alert, c’est faux. L’entrepreneur Jérémy Kohlman l’explique bien : ”ce que je fais aujourd’hui n’est pas ce que j’ai fait pour en arriver là”.
Bienvenue dans l’entreprise empruntée.
La différence entre inspiration et imitation
L’entreprise empruntée ne vous appartient pas. C’est un patchwork de comportements, d’attendus et d’injonctions qui sont en vous, mais ne sont pas vous. Au fond, c’est l’influence d’une culture qui n’est peut-être pas la vôtre. Comme si je me mettais à parler bruyamment avec les mains 🤌🏻, juste parce que j’ai regardé 3 épisodes de Lidia Poët (super série, au passage).
Il y a peut-être votre nom sur le Kbis de votre société, mais ce n’est pas la vôtre.
Alors comment retrouver le chemin quand on s’est perdu en cours de route ?
La solution m’a été donnée dans la dernière page du dernier livre (magistral) de Pierre Lemaître, “Un avenir radieux”. Il s’agit des remerciements et l’auteur ne se contente pas d’y saluer ses proches, son éditeur et les sources historiques utilisées. Il mentionne aussi :
Toutes ses inspirations : de Zola à Kundera, en passant par Barthes ou Sartre.
Pourtant, personne n’oserait dire que Lemaire les a copiés — il a même eu un Goncourt en 2013 pour le premier tome de cette fresque romanesque impressionnante.
C’est la différence entre le mimétisme et l’inspiration.
Le mimétisme, c’est imiter fidèlement un modèle existant, sans apporter de valeur ajoutée ou d’adaptation. C’est une copie qui peut donner l’illusion de la réussite rapide, mais qui reste limitée en originalité.
Par exemple, la photo en haut de cette édition est un clin d’œil mimétique à la pose de Marguerite Duras dans l’hôtel des Roches Noires, où j’ai pu séjourner. Une photo que j’adore.

L’inspiration, en revanche, consiste à s’imprégner d’une idée pour la réinterpréter selon sa propre vision ou son propre contexte. Cela implique donc une transformation créative.
C’est la même chose dans le business : vous pouvez vous inspirer de modèles qui fonctionnent, d’entrepreneurs dont les valeurs, le business model ou le contenu vous parlent. Mais si vous les copiez en espérant avoir les mêmes résultats, c’est l’échec assuré.
Et comment fait-on ?
Trouver votre différenciation
J’ai envie de vous recommander trois étapes successives.
La première consiste à faire la liste de vos modèles et de vos anti-modèles. C’est toujours très enrichissant.
Qui admirez-vous ? Qui sont vos sources d’inspiration ? Chez qui aimez-vous vous réfugier pour réfléchir ?
Dans la vie, j’en ai deux : Romain Gary et Charlie Chaplin.
Côté business, je suis avidement Justin Welsh, Nina Ramen ou Alice Cathelineau.
À l’inverse, j’ai aussi ma liste d’anti-modèles, des gens dont je ne partage pas les valeurs ou le contenu. Mais celle-là, je le garde pour moi :-)
La seconde est, dans cette liste, de réussir à voir en quoi ces personnes vous nourrissent. Leur personnalité ? Leur business model ? Leurs compétences ? Leurs prises de position ?
Par exemple, j’adore l’authenticité dans la communication d’Alice mais je n’ai vraiment pas envie d’autant partager ma vie sur les réseaux sociaux.
J’adore le business de Nina mais je n’ai pas son courage pour faire face à tant de haters.
J’adore le business model de Justin Welsh, mais le marché américain est différent du français. Etc.
Dans toute inspiration, il y a un “oui, mais”. Cherchez ce “mais”.
La troisième est d’assumer la phase de réinterprétationC’est ce qui fait la différence entre un entrepreneur qui applique des recettes toutes faites, et un entrepreneur qui développe une méthode différenciante.
Pour cela, il est plus important de se concentrer sur le “pourquoi”, plutôt que le “quoi”. Pourquoi cette formation en ligne a-t-elle fait 10k€ à son lancement ? Qu’est-ce qui a donné envie aux gens d’acheter ? Plutôt que de l’acheter et de la reproduire.
Ensuite, rajouter vos propres références, votre expérience et votre expertise. Vous pouvez associer l’idée avec un concept issu d’un autre domaine (ex : Maud Alavès associe le personal branding avec la création littéraire ; Justin Welsh associe le solopreneuriat à dîner tous les soirs avec sa femme etc.)
Et enfin, rajouter une empreinte qui garantisse que ce qui est créé est unique et vous appartient : un ton, un vocabulaire, une philosophie, une culture, une méthode. Arrêtez d’utiliser “les boss” si vous ne voulez pas faire du Thibault Louis. Arrêtez les templates sur LinkedIn si vous voulez avoir la chance de trouver votre propre voix.
Et c’est le passage le plus difficile : lâcher ce qui a fonctionné pour se donner une chance de se trouver soi-même. Quitte à mettre en péril son business quelque temps.
On n’accuse plus Pierre Lemaître de faire les Rougon-Macquart 2.0. On le remercie de faire une œuvre populaire qui restera.
L’alignement passe donc par le fait de trouver une voix. Et cela doit être la vôtre.
Oubliez l’auto-tune et les missives écrites par un Cyrano de pacotille.
Oubliez les business models copiés à des influenceurs qui, parfois, ont créé leur voix car vous n’aviez pas la vôtre.
Ce que vous avez à bâtir prend du temps — parfois même toute une vie — de l’énergie et des nuits blanches.
Mais ça n’en sera que plus beau.
À mardi prochain,
Pauline
PS : les bonnes habitudes ne changent pas : likez, partagez, commentez cette édition si elle vous a plu. C’est important pour moi ❤️



Bonjour Pauline
En lisant ce texte j'ai eu l'impression d'y trouver une critique de l'intelligence artificielle souvent comparée à un perroquet stochastique !
Très intéressant, j’ai apprécié la référence à Pierre Lemaître qui cite ses inspirations, je l’avais remarqué en le lisant. Ça m’évoque les cours de philo sur l’imagination. L'imagination reproductrice, disposition à présenter les choses en leur absence, et l'imagination productrice ou créatrice, qui combine de manière innovante les images perçues.