Bonjour,
Nous sommes à l’édition #72 d’Aligné. Bienvenue aux 5 nouveaux lecteurs qui nous rejoignent à point nommé. Car cette newsletter change de nom.
En début d’année, j’ai choisi ce titre parce qu’il sonnait juste. Aligné disait quelque chose de mon obsession du moment : trouver une ligne claire et cohérente. Le mot avait ce petit parfum de justesse que je recherchais ; il m’était apparu comme une évidence après un week-end en Normandie.
Mais voilà : nous changeons et ce nom me rétrécit petit à petit.
Peut-on alors échapper aux règles du personal branding et se réinventer ?
💁🏻♀️ C’est mon thème du jour.

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Le paradoxe des multi-activités
Il y a dix jours, un message est laissé sur mon répondeur. Un journaliste du Parisien souhaite m’interviewer pour un article qu’il prépare sur le transport aérien. Un peu intimidée, je le rappelle et réponds à ses questions. Il me demande comment je dois être présentée dans le papier : consultante, fondatrice d’Ajar Conseils ? Mais qui connaît vraiment le nom de ma boîte ?
Je précise que je réponds en qualité de chercheuse. Mais comment le prouver ? Hormis mon profil LinkedIn conçu en forme de sapin de Noël, je n’ai pas assez travaillé mon positionnement multiple, alors même que j’aide mes clients à le faire. Les cordonniers mal chaussés, tout ça…
Le besoin de clarté m’a paru urgent, et cela a commencé par la refonte de mon site web. Vous pouvez désormais le consulter ici, que vous soyez solopreneur, manager de grand groupe, chercheur ou journaliste. J’en suis fière, car enfin toutes mes activités apparaissent enfin dans leur cohérence, sans chercher à cacher l’une pour favoriser l’autre.
C’est là que l’évidence est apparue : je l’ai construite par strates.

Des strates plutôt qu’une trajectoire
L’alignement est une belle promesse, tant qu’il ne se transforme pas en injonction ou en rectitude. Car les chemins entrepreneuriaux, comme la vie, ressemblent plus souvent à des sentiers qu’à des autoroutes.
Or ce que j’écris ici chaque semaine n’a jamais été un chemin rectiligne, mais une succession de couches, d’explorations, d’essais, parfois contradictoires, parfois inachevés.
En relisant mes anciennes éditions, je vois bien que j’ai toujours écrit depuis mes strates : entrepreneure, chercheuse, autrice, consultante, tantôt fatiguée, tantôt exaltée... Tout cela coexiste, se superpose et se contredit parfois.
Alors pourquoi prétendre à l’alignement, quand la vie est justement faite de couches qui s’empilent ou s’effritent pour en révéler d’autres ?
Le rebranding de soi
Quand on parle de rebranding, on pense aux entreprises, à leurs logos qui changent, avec souvent plus ou moins de réussite.
Mais le rebranding de soi est une expérience bien plus intime et bien plus fréquente qu’on ne le dit.
J’adore écouter les récits de transformation : Jérémy Kohlmann qui raconte être passé de patachon à healthy guy en postant une photo de matcha tous les jours. Nina Ramen, qui avoue être enfermée dans son bootcamp rentable, lance un nouveau projet sous le manteau. Tous les autres entrepreneurs qui annoncent “se virer de leur propre job” quand ils se sentent désormais à l’étroit dans leur propre création.
C’est pareil pour les salariés : passer sa vie à être “ex-BCG”, “ex-Air France”, ex ce que vous voulez… Alors même que vous êtes autre chose, quelqu’un d’autre depuis des années.
Combien de fois vous a-t-on ramené à une version ancienne de vous-même ?
Et combien de fois avez-vous eu envie de répondre : ce n’est plus moi ?
Changer de peau, c’est parfois douloureux. Cela suppose de décevoir ceux qui aimaient l’ancienne version.
Cela suppose aussi d’accepter que nos marques personnelles soient éphémères et périssables, comme les vêtements qui nous allaient à 20 ans et qu’on ne supporte plus de porter.
Mais c’est aussi un soulagement.
Je pense souvent à Romain Gary devenu Émile Ajar, mais aussi Shatan Bogat ou Fosco Sinibaldi. La lecture du dernier volet de la biographie écrite par Kerwin Spire nous le rappelle : une identité évolue et grandit. C’est une conquête.
Et moi, je veux un environnement qui laisse assez de place pour exprimer la diversité de mes activités ou de mes pensées, un vêtement assez large, qui exprime des strates plutôt qu’une trajectoire.
Une newsletter en mue
Alors que va-t-il se passer concrètement ? Pas grand-chose et beaucoup à la fois.
Le rythme reste le même, le ton aussi, mais le champ va s’élargir.
Je ne veux plus être une newsletter pour solopreneurs, mais plutôt une newsletter pour celles et ceux qui vivent ou aspirent à vivre des vies multiples, faites de couches qui se superposent, se frottent et s’enrichissent.
J’écrirai toujours sur le travail, l’indépendance, les modèles économiques. Mais aussi sur mes autres strates : le monde académique, les mutations sociales, la littérature et les idées qui me travaillent.
Car nous ne sommes jamais qu’une chose.
Et si j’ai appris quelque chose en deux ans d’écriture hebdomadaire, c’est bien cela : écrire, c’est creuser ses couches successives.
À mardi prochain,
Pauline
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Il est très beau ce nouveau nom !
(et ça me fait penser à un tout aussi beau livre, sensible et juste, de Pénélope Bagieu :)
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