12 Commentaires
Avatar de User
Avatar de Anthony Jorand

Je trouve que l’écriture devient aussi galvaudée que le reste. Elle s’en sortira, mais on sent quand même l’opportunisme et la récupération. Ne serait-ce que sur le terme « écrivain », comme tu le dis.

T’as l’impression que n’importe quel blaireau peut aujourd’hui se déclarer auteur. Ça enlève un peu de substance à l’acte. À mon sens, on a besoin de retrouver un peu d’inaccessibilité, de friction, de difficulté… de valeur.

Avatar de Pauline Alessandra

Tout à fait. D'ailleurs, on reconnait les bons ateliers à ceux qui parlent d'écrivant plutôt que d'écrivain. Après, le terme "écrivain" est tellement flou. Est-ce qu'il faut avoir publié un livre ? Est-ce que l'autopublication compte ? Est-ce qu'il faut en avoir vendu un nombre x ? Est-ce qu'il faut que ça soit une activité principale ? La question est vieille comme le monde...

Avatar de Mariane Fiori

Le terme “écrivain” n'est absolument pas flou pour les spécialistes de littérature qui ont suivi le cursus universitaire correpondant, qui ont une connaissance étendue de l'histoire littéraire et des méthodes critiques d'analyse d'un texte. Car la littérature est un métier, et un métier exigeant et difficile. Ceux qui en parlent le mieux en sont les spécialistes bien que chaque auteur a sans doute sa définition et son positionnement. Un écrivain, définition de Proust, c'est quelqu'un qui “construit une vision du monde à travers les anneaux nécessaires d'un beau style” : voilà qui devrait permettre de faire le tri

Avatar de Mariane Fiori

Ça a toujours été ainsi. Mais il y a pire, il y a les éditeurs, les libraires : toutes ces professions peuvent être exercées sans qu'il soit obligatoire de produire un diplôme spécifique. N'importe qui se proclame éditeur et donne des autorisations de publication ou recale des aspirants auteurs sans rien connaître à l'histoire du livre, de l'imprimerie ni de la littérature. De même, pour ouvrir une librairie quelques cours de comptabilité et de techniques de vente suffisent, puisque chacun se croit un lecteur averti

Avatar de Narbah

Je viens de lire votre article. J'ai vécu toute me vie (ou presque) de l'écriture. Par de l'écriture comptable ni de la littérature non plus. Il y a un présuppose "métier" dans votre article, ainsi que "publication" jusqu'ici pour moi écrire était soit repondre a une commande, soit exprimer laborieusement des idées que je devais a tout prix vendre pour me nourrir et payer mon loyer. Ce n' est pas la perspective de gagner de l'argent qui m'amène ici. Je suis plutôt comme un vieux musicien qui a obéi à des chefs d'orchestres et qui voudrait bien maintenant se faire des amis et jouer avec eux ..par écrit. Vous avez des pistes a le donner?

Amicalement...

Avatar de Pauline Alessandra

J'aimerais beaucoup, mais je continue déjà à chercher pour moi, et je serais bien mal placée pour donner des conseils.

C'est juste que le terme écriture renferme tellement de définitions (du prête-plume de politique au sportif en passant par le copywriter qui écrit des pages de vente ; en passant par l'écriture de biographies/mémoires etc.) Mon propos portait plus sur l'écriture romanesque, notamment le fameux 'premier roman' tant idéalisé.

Je ne mets, en revanche, aucun critère de valeur et chacun gagne bien son pain comme il l'entend. C'est plutôt l'injonction à faire de son écriture une entreprise qui m'interroge. Parce que je ne pense pas que ça soit le passage obligé.

Avatar de Narbah
May 26Modifié

Dommage. Mais vous m'avez bien compris : l'écriture comme métier est souvent un pensum. Et j'avais bien compris pour ma part que vous évoquiez ce "premier roman" mythique ; qui est à mon avis une fiction entretenue par l'industrie du livre afin de disposer d'un vivier d'alevins qui, pour devenir un jour "édités" sont prêt à tout...mais écrire par plaisir est autre chose je crois. Même les poètes ne rêvent que d'édition. Tout en sachant que la poésie ne se vend pas, et que, même offerte elle n'est que rarement lue. Alors qu'en vous écrivant a vous par exemple, et en recevant votre réponse je ressens un réel plaisir : celui d'échanger. Merci pour votre réponse en tous cas et au plaisir peut être de se recroiser ici ou ailleurs.

Amicalement

Narbah

Avatar de Mathilde Desaché

Ravie Pauline de découvrir ton travail avec cette édition !

Je note la reco de livre d’Antoine Compagnon que je ne connaissais pas.

Sur le même sujet, il y a le pavé de Bernard Lahire « La condition littéraire - la double vie de l’écrivain. » Je devrais dans le courant de l’année écrire une édition de ma newsletter qui en résume ce que j’en ai retenu (patience !)

J’ai l’impression qu’aujourd’hui il y a plus de gens qui veulent écrire que de gens qui lisent (et a fortiori de la littérature)… donc le business des services de coaching et formation d’écriture pour un auteur établi est souvent une évidence (ou on s’y résigne quand on reçoit sa reddition de comptes annuels de ventes de livres).

Mais il est en effet bon de rappeler que l’écriture peut se combiner avec un métier complètement différent. Finalement, chacun patauge jusqu’à trouver un équilibre pour se libérer suffisamment de temps et d’espace mental pour créer.

De mon côté, je fais des progrès en ce sens chaque jour !

Avatar de Pauline Alessandra

Merci Mathilde ! Hâte de lire ta future édition alors, car je ne connais pas ce bouquin.

Il y a vraiment plus d'écrivants que de lecteurs, et je suis toujours surprise de voir la faiblesse de la lecture de personnes qui veulent écrire un premier roman, quand le premier conseil de tout les grands écrivains ou éditeurs est toujours... la lecture.

Bien sûr, derrière tout désir se cache toujours un juteux business. Le tout est d'en avoir conscience. Ensuite, chacun fait bien ce qu'il veut, et si quelqu'un se reconnaît dans une démarche 'writing from the heart'... Tant mieux.

Je critique surtout les promesses "écris ton best seller" (les éditeurs adoreraient avoir la formule magique), qui sont, pour moi, les mêmes travers que "gagne 100k€ en 3 mois"...

Avatar de Mathilde Desaché

Oui moi aussi je suis souvent sidérée lorsqu’une personne me dit qu’elle veut écrire… et être publiée… et avoir beaucoup de lecteurs… quand elle-même ne lit pas un seul ouvrage de littérature contemporaine ! Apparemment l’incohérence ne leur saute pas aux yeux…

Avatar de Sof Low

Je découvre ce terme auteur-preneur depuis quelques semaines via Substack où je suis quelques femmes qui se définissent ainsi. Ça m’interroge, en partie parce que c’est quelque chose que je sais ne pas être et que je ne pense pas être capable de devenir tout en me demandant si c’est donc aujourd’hui un passage obligé pour vivre de l’écriture. Quand on vendra toustes des formations, ateliers et coaching, restera-t-il quelqu’un pour les suivre ?

Je regrette aussi que ça soit cette adaptation capitaliste à un fait réel, la difficulté de vivre de l’écriture, qui soit tant mis en avant. En tant qu’artiste-autrice syndiquée et fréquentant d’autres AA syndiqués et militants, j’aimerai tant qu’en réponse à ces difficulté d’accès au métier, on mette davantage en avant la lutte pour de nouveaux droits sociaux…

Avatar de Pauline Alessandra

Je partage. Je pense que c'est un modèle qui convient à certaines personnes, mais pas à toutes. Et Substack offre beaucoup de biais, aussi parce que c'est l'endroit où ces auteurpreneurs trouvent leurs clients. Je crois que le plus important, c'est d'être au clair avec ses envies, ses besoins et ses compétences.