Bonjour,
Nous sommes à l’édition #69 d’Aligné, bienvenue aux 11 nouveaux lecteurs qui nous ont rejoints depuis la fois précédente. Et une nouvelle fois merci à ceux qui m’ont offert un latte après lecture de l’édition précédente :)
Cette semaine, pas moins de trois entrepreneurs m’ont sollicitée pour me demander mon avis sur le solopreneuriat, je me suis donc dit que j’allais en faire un sujet de newsletter.
En commençant déjà par bien définir de quoi on parle.
Rupture du monde du travail, Eldorado ou Ponzi géant ?
💰 C’est mon thème du jour.

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Petite sociologie du solopreneur
À l’heure où j’écris ces lignes, le solopreneuriat n’a pas de définition claire, et même les chercheurs en management pataugent un peu. Une étude le définit comme « un type spécifique d’entrepreneurs qui adoptent consciemment des stratégies commerciales n’impliquant pas l’embauche de salariés ».
C’est la fameuse “company of one” de Paul Jarvis.
Mais cette définition est trop réductrice : quel point commun entre un consultant à 200k/an, un coach qui emprunte tout aux milieux paramédicaux, et un influenceur LinkedIn qui vit de formations en ligne ? Le critère du “zéro salarié” ne suffit pas.
Après plusieurs années à observer et fréquenter ce milieu, j’ai fini par voir les choses ainsi :
👉 Le solopreneur est une sous-catégorie du travailleur indépendant, qui est parvenue à dissocier revenus et temps de travail (contrairement à un freelance qui facture au temps travaillé). Cela ne veut pas dire qu’il travaille moins ou gagne plus, cela veut dire que la notion d’asynchronicité ici est primordiale. Et pour faire cela, il utilise Internet comme levier.
👉 Il cultive une marque personnelle forte : sa visibilité en ligne est indissociable de son business, justement du fait d’un temps de travail asynchrone. Sa réussite dépend autant de ce qu’il fait que de la manière dont il se raconte.
En ce sens, le solopreneuriat est autant un modèle économique qu’une culture.
Tous les solopreneurs ne se ressemblent pas, et tout indépendant n’est pas solopreneur, sans que cela dise quoi que ce soit sur leur valeur et leur rentabilité.
Ce n’est donc pas un Ponzi géant comme on peut l’entendre, simplement un business model très spécifique.
Le cas des infopreneurs
Parmi eux, une sous-catégorie prend toute la lumière : les infopreneurs.
Ils vendent essentiellement de la formation, du contenu ou de la pédagogie. Leur modèle est aussi simple que redoutable : créer une audience gratuite, puis transformer cette attention en revenus (cours, webinaires, bootcamps, etc.)
Leurs avantages sont réels :
Une scalabilité presque infinie (un programme tourné une fois peut se vendre mille fois).
Un accès direct à un marché mondial, sans distributeur ni force de vente.
En un sens, ils incarnent le rêve ultime d’un capitalisme de poche : pas de patrons, pas de lieu fixe, seulement un ordinateur et une connexion.
Le problème, c’est que c’est un marché extrêmement difficile d’accès.

Les cygnes noirs
Voilà pourquoi, à mes yeux, les infopreneurs sont les cygnes noirs du solopreneuriat.
Ils existent, fascinent et inspirent, mais ils sont rares à être vraiment viables.
Parce que cela nécessite de commencer par créer une audience et qu’en 2025, avec l’IA, la saturation des réseaux sociaux et la dégradation qualitative, il n’a jamais été aussi difficile de créer une communauté. L’avantage compétitif de prendre la parole en ligne en 2020 n’existe plus en 2025. Il y a bientôt plus de créateurs que d’oreilles pour écouter des podcasts, lire des newsletters ou scroller sur les réseaux.
Les infopreneurs à succès captent toute la lumière et créent un effet d’optique : ils donnent l’impression que tout le monde peut faire pareil.
Que chacun peut gagner sa vie en ne travaillant qu’avec des solopreneurs, en créant des bootcamps, en vendant des formations en ligne, etc.
C’est l’effet de halo : derrière chaque success story ultra-visible, il y a des centaines de wanna-be solopreneurs qui galèrent, ou des indépendants qui avancent bien mais dans des modèles moins spectaculaires (et à qui on dit que le graal est le solopreneuriat).
Le problème n’est pas qu’ils existent.
Le problème, c’est de croire qu’ils sont la norme.
Alors peut-être qu’il est temps de le dire clairement : les infopreneurs ne sont pas le solopreneuriat. Ils en sont une sous-catégorie très visible et ce sont ses exceptions.
Les solopreneurs sont ensuite une sous-catégorie des travailleurs indépendants et ils ne sont pas l’alpha et l’oméga des cibles marketing que vous devez adresser quand vous préparez une offre.
Alors si vous avez un business qui ne tourne qu’autour des solopreneurs et que vous galérez, posez-vous la question de savoir si vous ne confondez pas infopreneurs, solopreneurs et dirigeants d’entreprise.
Et rappelez-vous qu’on ne construit pas une stratégie résiliente sur des exceptions.
À mardi prochain,
Pauline
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PPS : le terme de “cygne noir” est bien sûr emprunté à Nassim Nicholas Taleb


100% aligné Pauline.
Le biais de survivant dans le solopreneuriat est un vrai poison.
Les infopreneurs ultra-visibles créent un effet de halo massif qui déforme complètement la perception du marché.
Le pire c'est qu'ils poussent des solopreneurs parfaitement viables à abandonner des modèles solides (conseil, produits, services spécialisés) pour se lancer dans la course à l'audience.
Ces gens-là quittent leur zone de génie pour entrer dans un jeu qu'ils ne maîtrisent pas.
De mes observations dans la Tribu des Starters depuis +5 ans :
- Les plus rentables ne sont pas les plus visibles
- Les modèles les plus profitables sont souvent hybrides (expertise + produit + conseil ponctuel)
- La vraie liberté vient du levier, pas du volume d'audience
Ta distinction entre freelance/solopreneur/infopreneur est capitale.
Chacun a son modèle, ses contraintes, ses leviers.
Le drame c'est de confondre les trois et de construire une stratégie sur une exception plutôt qu'une réalité de marché.
Merci Pauline de reposer cette définition 🙏
Si on veut pousser le raisonnement jusqu’au bout, « solopreneur » reste un terme inventé ou relayé par les infopreneurs que tu cites (cf Paul Jarvis) pour promouvoir ce modèle, pour lequel on n’est tout de même pas très loin du ponzi.
Si on veut faire la cartographie complète, on a donc:
- quelques infopreneurs successful qui se comptent sur les doigts d’une main, qu’on peut élargir à la catégorie plus large mais tout aussi inégale des auteurs et des artistes (formations, livres fiction et non-fiction, vidéos, musique, etc)
- des free-lances qui facturent au TJM mais qui pour certains cherchent du levier en cherchant de la notoriété (plus de CA) ou en automatisant (moins de temps passé) ou en vendant des formations (modèles hybride, mais où le temps facturé reste prédominant). C’est je pense la vaste majorité des solopreneurs qui ont un vrai business model
- des salariés qui ont un side-hustle orienté création de contenu (mais qui peuvent difficilement en vivre). Nombreux mais bancal
- des wanabee infopreneurs full-time qui se cassent les dents mais dont certains perceront
- ceux qui créent un produit physique (artisan) ou digital (software, hors contenu). Pour ceux-là ma conviction est que le solopreneuriat est une phase transitoire car il est vite préférable pour eux de travailler en petite équipe. Mais peut-être que je me trompe
J’en oublie?