L'obsession du succès
#68 ou ce besoin de reconnaissance impossible à rassasier
Bonjour,
Nous sommes à l’édition #68 d’Aligné, bienvenue aux 5 nouveaux lecteurs qui nous ont rejoints depuis la fois précédente.
Depuis quelques jours, une question m’obsède : la définition du succès. Plus je vieillis et plus je saisis la relativité de sa définition.
Quand on est jeune, c’est facile. Réussir, nous dit-on, c’est d’abord réussir ses études. Pour une Hermione de ma sorte, bons bulletins, prépa et Normale Sup’ ont plutôt été une bonne trajectoire.
Mais après ?
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Avoir du succès aujourd’hui
Si je devais résumer le monde académique, je schématiserais en disant qu’il s’agit souvent des premiers de la classe qui ont continué le chemin jusqu’au bout. Ma rentrée comme prof dans une grande école n’a fait que renforcer cette conviction. C’est aussi l’un des plus grands travers de ce milieu qui, comme l’aura été l’ensemble de la vie estudiantine, meurt à petit feu de cette compétition qui ne s’arrête jamais.
C’est pareil dans le monde corporate : il y a la fameuse échelle à monter, les escarpins et la photo de profil les bras croisés, le pouvoir en fonction de la taille de l’équipe et l’obsession des nominations au Comex.
Les réseaux sociaux ont pourtant entièrement réécrit ce qu’était le succès. Des sondages récents ont montré que + 50% des 18-25 ans avaient pour ambition de devenir influenceur. Culte de l’image, argent prétendument facile et sentiment de reconnaissance ultime. Qui n’en rêverait pas ?
On retrouve ces paradoxes très forts chez les solopreneurs. Je vois de plus en plus d’experts autoproclamés du personal branding, des gens qui vous apprennent à devenir “inoubliables”, “irrésistibles”, “successful” sur un râteau de thèmes qui va de la gynécologie au SEO.
On sait que savoir-faire et faire savoir sont clés, mais pourrait-on ne pas réduire la communication et le marketing à la publicité de soi-même ?
La quête infinie de validation
Après un an d’intense communication sur LinkedIn, où je me suis quand même bien amusée, gonflée de dopamine à grands coups de likes, j’ai un peu lâché.
Parce qu’en bonne élève, je me sens rendue compte que je courais surtout derrière un intense besoin de validation. Et beaucoup d’entrepreneurs sont dans le même cas : en quête d’une reconnaissance sociale, d’une validation extérieure, de quelque chose qui leur dise enfin : “tu as réussi, tu peux te reposer.”
Mais réussi quoi, au juste ?
Je vois des solopreneurs faire des chiffres d’affaires dont je n’ose rêver, et qui disent vouloir encore plus. Il y a le goût du challenge, mais mon petit doigt me dit que pour l’écrasante majorité se cache plutôt une quête insidieuse de validation qui ne s’arrête jamais.
Une bonne note appelle la suivante, la première levée de fonds n’est que l’intro de la prochaine, une vidéo virale prépare la suite, un exploit en réclame un autre. Chaque victoire est presque instantanément jugée obsolète : je connais, j’ai testé pour vous. La paix intérieure n’arrive jamais, parce que la définition même du succès se déplace à chaque fois qu’on pense l’avoir atteint.
Il y a cette phrase dans “Célèbre”, le dernier Maud Ventura, qui m’a marquée :
“On ne se réjouira jamais d'avoir eu notre part du gâteau. On veut aussi la suivante et celle des autres.”
Le mythe du succès
J’adore le livre d’Emma Gannon, The Success Myth, que je suis en train de finir.
La société moderne nous a convaincus que le succès était une équation personnelle, que nous étions responsables de le trouver et coupables de ne pas y parvenir. Résultat : beaucoup de petits entrepreneurs sont en permanence en train de courir après une définition mouvante et souvent imposée de l’extérieur.
On a imposé aux femmes une vision de la réussite sociale (se marier, avoir des enfants, un poste assez flexible pour gérer les aléas domestiques, une maison bien tenue, bref, “having it all”)… C’est pareil chez les entrepreneurs.
Pour certains, ce sera le nombre de followers ou de vues. Pour d’autres, un chiffre d’affaires à 6 chiffres qui commence par 5, tout en faisant du yoga, du surf et le gâteau bio des enfants le mercredi midi. Ceux qui pensent qu’on peut encore “tout avoir.” Gannon l’explique très bien : oui, on peut tout avoir. Mais pas en même temps.
Je les repère vite, maintenant, ces entrepreneurs qui ont transformé l’expérience intérieure du succès en un horizon collectif. Ceux qui pensent que ce qui compte, ce n’est pas d’être heureux, mais de donner des preuves de progression. Car s’ils ne le font pas, cela veut dire qu’ils ne sont… rien.
Mais mon dark-Gepetto s’est aussi penché à mon oreille, précisant : est-ce que je les critique parce qu’au fond, je les jalouse ? Parce que je ne réussis pas aussi bien qu’eux ? Parce que je n’ai jamais eu la reconnaissance de certains de mes pairs ?
Me*de, ce besoin de reconnaissance qui revient si vite à la surface.
Renouer avec sa définition intérieure
Le paradoxe, c’est que la quête effrénée du succès nous éloigne souvent de ce qui nous a donné envie de commencer : la curiosité, la créativité, le goût du risque, le plaisir de travailler autrement.
Alors peut-être qu’il faudrait cesser de courir après le succès comme on court après une série d’examens. Accepter que réussir, ce n’est pas additionner les victoires, mais commencer par choisir ses propres critères.
À mardi prochain,
Pauline
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PPS : les plus philosophes d’entre vous auront reconnu dans le sous-titre le clin d’œil à Stig Dagerman, “notre besoin de consolation est impossible à rassasier”, ouvrage sublime.


La lecture de "Célèbre“ est un bon antidote...
D'ailleurs y aurait-il un lien entre "succès" et "succéder" ? Comme s'il n'y avait de succès qu'avec celui d'après ?
Merci en tout cas de cette lucidité qui fait du bien !
Comme c’est pertinent, ce que tu écris ! Pendant longtemps, j’ai eu effectivement ce besoin de reconnaissance et de succès que j’ai obtenu plus ou moins. Mais ça n’allait jamais. Jusqu’au jour où j’ai réalisé que la vie me permettait de faire ce que je voulais, de m’organiser à ma guise, d’avoir des enfants en bonne santé et d’être moi-même en pleine forme. Et aujourd’hui à 60 ans, je me dis que oui j’ai connu le succès et je le connais encore dans cette fluidité de la vie. Alors pas besoin de courir car quand tu es à ta place, elle t’accompagne tout simplement.