Dire non à Timothée Chalamet
#89 ou l'art de la répétition 🏓
Bonjour,
Voici l’édition #89 des Strates. Bienvenue aux 10 nouveaux lecteurs qui nous rejoignent depuis la semaine dernière.
Pour l’ancienne pongiste que j’ai été, l’arrivée sur grand écran de Marty Suprême est un événement. Qui aurait cru que le “ping-pong”, qui m’a valu tant de moqueries quand j’étais au collège, allait devenir hype ?
Il y a eu les frères Lebrun aux Jeux Olympiques, et maintenant, Timothée Chalamet en train de taper une petite balle dont le bruit réveille en moi des réflexes pavloviens. Or, j’ai découvert dans la presse qu’on avait proposé à Félix Lebrun de jouer dans le film de Chalamet et qu’il avait refusé.
L’argument : trop occupé à devenir le meilleur joueur de ping du monde pour perdre son temps avec une star d’Hollywood.
J’ai adoré cette anecdote qui m’a fait réfléchir à deux choses : l’art de la répétition et la nécessaire concentration.
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L’art de la répétition
“Le talent, ça n’existe pas” disait Jacques Brel. C’est vrai qu’on a tendance à le sacraliser, en oubliant que derrière chaque coup droit des frères Lebrun se cachent des millions de balles frappées dans la solitude d’un gymnase.
Je le sais d’autant plus que j’ai passé toute mon enfance à m’entraîner, tous les soirs après l’école, avant de partir sur les routes du pays pour des compétitions. Ma géographie française est encore très liée à des week-ends où je n’ai vu de la ville que son gymnase.
Le talent, en réalité, c’est d’abord l’art de la répétition.
Cette répétition est souvent ce qu’on ne veut pas voir quand on se lance dans une nouvelle activité : faire des gammes tous les jours avec son instrument, s’entraîner régulièrement pour progresser en sport, écrire souvent quand on souhaite se lancer dans un roman… Rien n’est inné ; toute pratique est associée à une répétition monotone et parfois très ingrate.
C’est d’ailleurs là que se forge la maîtrise.
Je le vois en matière d’écriture. Vous pouvez suivre tous les comptes insta inspirants du monde, vous abonner à toutes les lettres Substack et acheter tous les livres qui soient… Si vous voulez apprendre à écrire, il faut écrire des pages et des pages.
C'est ce que les Japonais appellent le Shokunin : cette quête de perfection dans le geste répété à l'infini (souvent chez les artisans, des maîtres sushis aux forgerons), jusqu'à ce que la technique disparaisse pour laisser place à l'instinct.
Apprendre à ériger un mur
En même temps, on nous vend la réussite comme un empilement d’opportunités à saisir, ce qui est idéal pour développer un syndrome FOMO (Fear of Missing Out).
Le parcours de Lebrun (ou celui de Marty dans le film) montre l’inverse : c’est un élagage permanent. On ne devient pas meilleur en ajoutant des couches, mais en retirant tout ce qui dépasse.
Cela me rappelle ce qu’écrit Leïla Slimani, en parlant d’écriture, dans Le parfum des fleurs la nuit :
“La première règle, quand on veut écrire un roman, c’est de dire non. Non, je ne viendrai pas boire un verre. Non, je ne peux pas garder mon neveu malade. Non, je ne suis pas disponible pour déjeuner, pour une interview, une promenade, une séance de cinéma. (…) Ériger autour de soi un mur de refus contre lequel toutes les sollicitations viendront se casser.”
Combien d’entre nous osent vraiment dire ce “non”, clair et impoli ?
Moi la première, et surtout dans la vie d’indépendante, dire “non” ressemble souvent à une prise de risque.
Pourtant, dans le film, Marty refuse des jobs et des relations amoureuses, si bien que c’est un joli clin d’œil que Félix Lebrun lui adresse malgré lui. Le champion olympique fait exactement la même chose dans la vraie vie.
L’obsession de la concentration
Ce qui me fascine dans la réponse de Félix Lebrun, c’est son évidence, comme si ce n’était pas un vrai sacrifice — alors qu’en coulisses, on imagine facilement que pour un garçon de 19 ans, dire non à Hollywood est peut-être un poil plus difficile. Mais rester concentré sur un seul objectif est un sacerdoce, pas un goût qui change au gré du vent.
Et c’est justement l’opposé de ma vie de freelance, qui papillonne de clients en missions, alternant parfois avec un peu d’enseignement et de la recherche. Mais peut-on vraiment réussir sans être 100% focus ?
Je ne vais pas vous spoiler le film Marty, mais la réponse n’est ni noire ni blanche.
En revanche, cela force à avoir en tête des objectifs très clairs, car si vous saviez le nombre de vestes que je peux prendre (articles ou manuscrits refusés, propales perdues…)
Mais je sais pourquoi je me réveille le matin.
Plus que jamais, quand on est indépendant, il faut savoir quel sens donner à nos actions. Non pas malgré cette vie en “strates”, mais pour que chaque couche nourrisse le même édifice, quitte à prendre le temps d’élaguer régulièrement.
D’une certaine façon, ce qui me paraît vraiment important, ce n’est pas de monter les marches à Cannes, mais plutôt d’avoir quelque chose dans sa vie qui compte assez pour qu’on puisse dire « non » à Timothée Chalamet.
À mardi prochain,
Pauline
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Sans être dans la crainte de quelque chose, j'adore cette citation de Bruce Lee sur l'entraînement : « Je ne crains pas l'homme qui a pratiqué 10 000 coups une fois, mais je crains l'homme qui a pratiqué un coup 10 000 fois ».
Ahahah! Merci!