Un ego pour les gouverner tous
#77 ou les trois types d'ego rencontrés au travail
Nous sommes à l’édition #77 des Strates. Bienvenue aux 9 nouveaux lecteurs qui nous rejoignent depuis la précédente édition.
Depuis que je suis indépendante, la question de l’ego au travail me passionne. C’était déjà le cas quand j’étais salariée, mais j’en souffrais beaucoup plus ; tantôt victime, tantôt, malgré moi, actrice de ces problèmes d’orgueil.
Dans un monde qui nous apprend à nous définir par le travail, la question de cet orgueil, bien souvent mal placé, interroge.
Et l’indépendance ne supprime pas l’ego, au contraire : elle le déguise.
🍉 C’est mon thème du jour.

👀 Puisque vous êtes là
PME, Directeur de BU : Découvrez mon conseil en transformation
Solopreneurs, consultants indépendants : regardez cette vidéo si vous avez du mal à trouver des clients et prenez RDV
Suivez-moi sur LinkedIn
Le théâtre de l’ego
Le plus grand privilège de l’indépendance, c’est de quitter la scène du théâtre des égos d’open space.
Pourtant, si je suis tout à fait honnête, il m’arrive encore d’avoir de vieux réflexes quand un junior, déstabilisé par l’arrivée d’une consultante de presque 10 ans son aînée, défend son périmètre, convaincu que sa carte de visite flambant neuve suffit à légitimer une posture d’autorité.
Je lève les yeux au ciel, mais je serre surtout les dents.
Car ceux qui cherchent à prouver sont souvent ceux qui ont le plus peur d’être découverts.
On appelle ça communément les “office politics”. Et il s’agit de savoir analyser, dans ce biotope si spécial, qui porte quelle ambition, pourquoi et auprès de qui. Chaque projet cache souvent un agenda personnel, une nomination pressentie ou le désir impérieux d’être nommé au Comité exécutif d’une grosse boîte. Des dents qui rayent le parquet comme un morse sur sa banquise.
Vu de l’extérieur, tout ceci semble pourtant bien dérisoire. Alors que de l’intérieur, cela régit tout.
Les trois types d’ego : le roi, le gardien et l’enfant
En tant qu’indépendante, j’ai la chance de voir le monde du travail avec davantage de hauteur. Cela permet un regard un peu distancié, très pratique au quotidien, autant que pour mes projets littéraires.
J’ai, ces dernières années, rencontré trois grands types d’ego qui s’activent comme un système immunitaire lorsque les personnes se sentent en danger. Car ne nous trompons pas, il s’agit bien souvent d’insécurité quand l’ego se fait de plus en plus pressant.
1️⃣ Il y a le “petit roi” : celui qui se sent diminué face à l’expertise des autres. C’est le cas le plus typique que j’ai constaté, autant chez les solopreneurs qu’en entreprise. C’est le problème que l’on découvre lorsque l’on touche, malgré soi, à un point sensible chez notre interlocuteur. Je me souviens parfaitement d’une manager qui avait du mal à accepter que je sois plus experte qu’elle sur un sujet. Recruter des gens plus compétents, puis flipper : un classique.
Le petit roi ne protège alors pas son équipe, mais son insécurité.
2️⃣ Il y a le “gardien du temple” : celui qui cherche à toujours avoir raison. C’est le cousin de celui qui refuse d’avoir tort. Que l’on parle de mensonges avalés à l’ère de la post-vérité, ou de pratiques entrepreneuriales inadaptées, rien ne le fera changer d’avis, car tout ce qui serait susceptible de fragiliser le mythe qu’il s’est construit dans sa tête doit être exclu. C’est dire le château de cartes mental, fragile au premier coup de vent. Mais ce sont les plus terribles, car ce sont ceux qui, en surface, prétendent ne jamais douter et vous assènent des incantations à base de “tu dois”, “il faut que”.
Le gardien du temple préfère avoir raison plutôt que de voir certaines vérités en face.
3️⃣ Il y a “l’enfant malheureux”: celui dont le besoin de reconnaissance ferait frémir le Dr Freud. Eux, ce sont les pires. Ils portent une blessure narcissique — certainement depuis l’enfance, ou après un échec. Artiste raté, start-upper en faillite, mauvais élève blâmé, mariage ou enfance, hélas, sans amour… Il y en a pour tous les goûts, et Dieu sait que j'en ai rencontré beaucoup. Pennac l’écrit dans Chagrin d’école : “Si l’on guérit parfois de la cancrerie, on ne cicatrise jamais tout à fait des blessures qu’elle nous infligea.” Ce sont des personnes qui ont besoin de se prouver quelque chose, parfois à votre détriment. Elles peuvent faire beaucoup de mal quand on ne s’en protège pas assez.
Alors que l’enfant malheureux a surtout besoin d’être réparé.
Garder le gouvernail
Au fond, le travail est un concentré de matière humaine, et l’ego en est le bruit de fond. On croit le faire taire en quittant l’entreprise, et il revient toujours, sous d’autres formes : la comparaison, le CA mensuel, le nombre de followers, la peur de ne plus compter, le besoin d’être reconnu, d’être invité à tel ou tel événement…
Certaines entreprises ont fait de l’ego le cœur de leur business model. C’est le principe des classements Favikon, basés sur rien. Bienvenue en égocratie.

Ce n’est pas mal en soi.
L’ego est une boussole de l’estime qui nous avertit quand quelque chose gratte. Mais il devient dangereux dès qu’il prend le gouvernail en main.
Le plus grand apprentissage de ma vie d’indépendante est celui-ci : on peut avancer avancer avec l’ego, mais jamais derrière lui.
Car il n’y a rien de plus libérateur que d’avancer sans devoir prouver.
À mardi prochain,
Pauline
PS : 🍵 En plus de liker et partager ❤️ vous pouvez soutenir ma newsletter par un don en argent sonnant et trébuchant, qui sera utilisé pour m’offrir mon chaï latte de la semaine.






Ce qui me fascine, c'est que l'ego n'est qu'un symptôme du problème bien plus profond de l'identité mal-définie.
Le "petit roi", le "gardien du temple", l'enfant malheureux → tous sont des manifestations d'une identité qui repose sur des fondations fragiles.
Quand ton identité dépend de ta carte de visite, de ton statut ou de tes victoires passées, chaque remise en question devient une menace existentielle.
À mon sens, le vrai travail n'est pas de "dompter son ego" mais de redéfinir son identité sur des bases antifragiles.
- Pas ton titre
- Pas tes résultats
- Pas ton CA
Mais tes valeurs, ta vision, ton système de pensée.
D'où l'intérêt de toujours commencer par générer de la clarté.
Sans elle, l'ego prend systématiquement le gouvernail, que tu sois salarié ou indépendant.
Merci pour cette analyse Pauline.
Héhéhé tu vas kiffer notre stage sur l'égo et les masques :) tu verras, il fait un pas de côté par rapport à tout ce que tu décris dans ton texte !