Dans ma bulle
#87 ou nos réalités filtrées
Bonjour,
Voici l’édition #87 des Strates. Bienvenue aux 18 nouveaux lecteurs qui nous rejoignent depuis la semaine dernière.
Lassée par le contenu slopé que l’on retrouve partout sur les réseaux sociaux, j’ai commencé à me désabonner en masse de comptes que j’avais l’habitude de suivre.
Petit à petit, j’ai donc reconstitué ma “bulle” pour me rendre compte à quel point j’étais biaisée — nous le sommes tous — et combien cet exercice est de plus en plus nécessaire.
🫧 C’est mon thème du jour

“Sortez-moi de ma bulle”
Il y a pile 20 ans (désolée pour le coup de vieux), Diam’s sortait son album mythique “Dans ma bulle”. Si, comme moi, vous brillez sur “la boulette” lors de karaokés entre amis, c’est que vous avez passé vos années lycée sur cet album.
J'en adore la couverture, car elle est, à mes yeux, la meilleure illustration possible des effets des réseaux sociaux. Enfermée dans son salon avec tous les artefacts qui lui ressemblent, Diam’s écrit (aujourd’hui, elle scrollerait), tandis que son double numérique casse un mur pour la regarder elle-même.
C’est ça, les réseaux d’aujourd’hui, une fenêtre d’observation autocentrée.
Ces 18 derniers mois, j’ai suivi beaucoup d’entrepreneurs sur les réseaux sociaux. Normal, je voulais apprendre. J’ai donc suivi des coachs en tout genre venus expliquer le business à grands coups de leçons de vie et de storytelling. Avec, pour certains, des centaines de milliers d’abonnés, leur audience faisait figure d’autorité.
Et puis la bulle a explosé comme une bulle de savon. En m’approchant de trop près, j’ai vu la peinture pas sèche, la construction ratée ou, tout simplement, le vide de l’autre côté. Je pensais pousser la porte d’un immeuble et je me suis retrouvée dans un décor de film — vous savez, la porte qui ne mène vers… rien. Seulement un décor en carton plâtre.
Gros poisson, petit bocal
C’est tout le principe de ces bulles : vous faire croire qu’il s’agit d’un système autosuffisant, qui a ses contours, ses gens in et ses gens out.
Cela m’a rappelé le moment où j’ai démissionné d’un grand groupe. Les mois qui ont suivi, j’ai eu l’impression de sortir d’un écosystème clos. Quel vent de liberté ! On se rend compte que les gens qui se pensaient importants ne le sont pas du tout, que les “directeurs innovation machin-chose” n’existent pas en dehors du petit royaume qu’ils se sont constitué entre les quatre murs d’un open space.
Cela réapprend l’humilité.
Sur LinkedIn, et plus généralement sur les réseaux sociaux, c’est la même chose : les gros poissons sont toujours proportionnels à la taille de l’aquarium. Et LinkedIn est un petit bassin.
Mais tous les réseaux sont des bulles qui créent l’illusion d’une réalité. À force de voir les mêmes idées circuler entre les mêmes comptes, portées par des gens qui se citent entre eux, on finit par confondre répétition et vérité.
Et puis, la bulle rassure : elle donne l’impression d’être initié, au bon endroit, au bon moment. Sauf que la bulle ne tolère pas la confrontation et ne résiste pas au débat. Elle est fragile comme le savon.
Casser la bulle
Ce que l’on prend souvent pour de l’autorité est en fait une mise en scène efficace dans un décor suffisamment crédible pour qu’on ne soit pas tenté d’aller dans les coulisses.
Alors je me suis désabonnée, fatiguée de voir toujours les mêmes mots, les mêmes figures et les mêmes indignations recyclées.
J’ai laissé de la place pour d’autres voix, notamment à des chercheurs dont les posts sont rarement calibrés pour plaire à l’algorithme, et qui sont pourtant plus intéressants que les “5 conseils pour trouver des clients en 2026”.
C’est pareil si vous êtes coincés avec des contenus d’extrême droite ou d’extrême gauche à longueur de journée. Peut-être est-il temps de casser la bulle et de l’ouvrir sur autre chose.
Avoir la main sur sa bulle est une question d’hygiène mentale. Faites le tri, désabonnez-vous des comptes qui ne vous intéressent pas, des spams sur Insta, des newsletters que vous n’aimez pas.
À chaque fois que je publie cette newsletter, je perds des abonnés. Je ne le décris pas en intro, mais ça ne rate jamais. Et c’est sain : cela montre que nous continuons à être acteurs du contenu que nous consommons.
Avoir conscience de la polarisation des réseaux et de leur capacité à nous pousser vers des visions du monde est peut-être la chose la plus importante de notre époque.
Regarder le monde à travers une fenêtre n’est pas un problème.
Mais prendre la fenêtre pour le réel le devient.
À mardi prochain,
Pauline
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J’adore tout simplement cette newsletter.
Aller hop, je vais aller faire le ménage sur Instagram de ce pas.